A la limite de Rueil Malmaison, une altercation éclate avec un conducteur de camion qui aurait été selon les premiers éléments de l'enquête "aspergés
de gaz lacrymogène", à cause d’une banale querelle de circulation.
Ce dernier appelle la police qui arrive assez vite sur place.
Selon le journal Le Parisien, qui livre la version de la police dans son édition des Hauts-de-Seine du 7 juin, «l'homme qui a aspergé le conducteur du camion de gaz lacrymogène a pris la fuite avec un complice à bord
d'une Clio.
Un équipage de police repère la Renault et se lance à sa poursuite. Le conducteur s'engouffre dans l'allée
Jacques-Prévert, un cul-de-sac à la limite de Rueil-Malmaison. Il fait demi-tour et se retrouve face aux policiers qui bloquent l'issue. Il fonce sur les forces de l'ordre qui se retrouvent prises au piège. Tandis qu’un policier
est légèrement blessé à la jambe, son collègue tire à deux ou trois reprises ».
Une version que réfute
en bloc Fahmi, qui se trouvait lui, côté passager. Jointe par téléphone, la police judiciaire des Hauts-de-Seine, qui pourtant avait largement communiqué au moment des faits, ne souhaite pas « pour le moment »
faire de commentaire.
Une enquête de la police des polices est actuellement en cours. Touché par balle à la cuisse droite
et à la fesse gauche, Fahmi est transporté d’urgence à l’hôpital Georges Pompidou de Paris. Après deux opérations et la perte d’un testicule, le jeune homme, encore très affaibli, a accepté
de répondre au Courrier de l’Atlas. Nadir Dendoune, notre reporter, lui a rendu visite dans sa chambre d’hôpital. Interview exclusive.
Comment vous sentez-vous ?
Déjà,
je ne comprends pas que seule la version de la police soit relayée dans les médias. Je croyais que la base de votre métier, c’était de donner la parole à tout le monde. Comment je me sens ? Je suis en colère.
Très énervé. Et puis, je dors très mal. Je me réveille en pleine nuit en repensant à ce qui s’est passé jeudi dernier.
Les coups de feu, moi, qui sort de la voiture après en rampant et qui m’effondre par terre. J’ai du me faire un garrot pour que ma cuisse s’arrête de saigner. Les docteurs m’ont dit que ça
m’avait sauvé la vie. Je me sens abattu aussi parce que j’ai perdu un testicule. Et je sais que ma vie ne sera plus jamais comme avant…
La police affirme que la voiture dans laquelle vous vous trouviez leur a foncé dessus. D’ailleurs, un des policiers a été blessé.
C’est pour cette raison qu’ils auraient riposté....
Mon collègue qui conduisait a été pris de panique
en voyant sortir quatre policiers armés. Il a continué sa route. C'est là que les forces de l'ordre ont commencé à nous tirer dessus. A bout portant. J’ai reçu plusieurs balles, une qui est entrée sur
le côté droit de ma cuisse avant de ressortir et atteindre mon testicule gauche.
Les médecins n’ont pas eu d’autre
choix que de l’enlever. J’ai encore du mal à croire que cela m’est arrivé. L’autre balle a atterri sur ma fesse gauche. Celle-ci est restée à l’intérieur. Il y a même une troisième
balle qui m’a frôlé le crâne. Ils m’ont tiré dessus à bout portant alors que je me trouvais du côté passager.
Nous n’étions pas armés. Pour moi, c’est clair, ils ont cherché à me tuer.
Vous avez décidé de porter plainte à l’IGS, la police des polices…
Oui, le lendemain de mon hospitalisation, le vendredi 7 juin donc, j’ai reçu la visite de deux inspecteurs de l’IGS. Ils m’ont dit que ce n’était pas normal qu’on m’ait tiré dessus.
Ils m’ont invité à déposer plainte. J’ai reçu la visite deux heures après leur départ de quatre policiers.
Ils venaient me mettre en garde à vue et désiraient prendre ma déposition. J’ai trouvé cela très déplacé au regard de ce qu’ils m’avaient fait. Ils m’avaient tiré
dessus et ils osaient venir ici dans ma chambre d’hôpital ! Je me suis énervé et j’ai appelé une infirmière pour leur demander de sortir. Ils se sont exécutés.
Irez-vous jusqu’au bout ?
Oui, je suis déterminé. J’ai porté plainte pour tentative d’homicide. Ce qui m’est arrivé est trop grave. J’espère juste que la justice fera son travail. J’entends
souvent que les policiers dans notre pays sont au dessus des lois. Pour moi, il n’y a personne qui est au dessus des lois : tout le monde à des comptes à rendre.
Propos recueillis par Nadir Dendoune