VERITE ET JUSTICE NABIL MABTOUL

Abattu par la B.A.C

Le 27 juin 2012, vers 3 heures, un Villefranchois de 26 ans est décédé dans des circonstances tragiques, à Millau. Voulant fuir un contrôle, il a foncé sur les policiers. Ces derniers ont fait feu mais sans le toucher. L'homme a perdu le contrôle de sa voiture.

Pour l'heure, il ne s'agit que d'un accident mortel de la circulation. Mais l'implication de deux agents de la brigade anticriminalité (BAC) du commissariat de Millau, qui ont, chacun, fait usage une fois de leur arme de service, pourrait avoir des répercussions plus importantes dans le décès d'un Villefranchois, ce mardi, vers 3 heures, à Millau. Une autopsie de la victime, ce mercredi matin, à l'institut médico-légal de Montpellier, devrait cependant permettre de déterminer les causes du décès.

En tout cas, hier matin, au commissariat de police de Millau, alors qu'ils reviennent sur les circonstances de ce tragique événement, le procureur de la République de Rodez, Yves Delpérié, et le commandant Éric Delchambre, « patron » des policiers de la Cité du gant, affirment : « La mort ne semble pas due à l'impact de balle ; l'autopsie et l'expertise balistique devraient nous le confirmer ».

Enquête confiée à l'IGPN

Les premiers éléments de l'enquête - celle-ci a été confiée à l'inspection générale de la police nationale (IGPN) qui a entendu les deux policiers hier - laissent, en effet, penser que Nabil Matboul, 26 ans, domicilié à Villefranche-de-Rouergue, a perdu le contrôle de son automobile, une Audi A3, alors qu'il tentait de semer les forces de l'ordre. Informé qu'une puissante berline allemande devant passer par Millau était susceptible de servir au transport de stupéfiants sur le département, l'équipage de la BAC a tenté de stopper ce véhicule lorsque celui-ci, venant de La Cavalerie, est entré à vive allure sur le rond-point du Larzac, non loin du McDo le plus connu de France. En outre, le conducteur, selon certaines informations, n'aurait pas utilisé ses feux clignotants pour indiquer sa direction.

Deux infractions routières bénignes et une présomption de trafic de stupéfiants ont donc incité la BAC millavoise à intervenir.

Dans un premier temps, le conducteur de l'Audi, qui roule en direction du Pont de Cureplat, fait mine de vouloir répondre aux injonctions des policiers. Mais alors que ces derniers ralentissent, l'automobile repart en trombe.

Cette fois, la poursuite s'engage réellement avec gyrophare et sirène deux tons. Mais la voiture de marque allemande parvient à semer celle des forces de l'ordre alors qu'elle file vers Aguessac. Au bout de 2 km, les policiers aperçoivent le véhicule conduit par Nabil Matboul effectuer un demi-tour brutal.

L'homme a-t-il procédé à cette manœuvre en utilisant le frein à main ou a-t-il perdu le contrôle ? Rien ne permet de le préciser, les agents de la BAC n'apercevant que la fin de ce brusque changement de direction. En tout cas, la chaussée, à cet endroit, montre clairement des traces de pneus ripant sur le goudron.

Une balle toujours manquante

Voyant l'Audi A3 immobilisée, les deux fonctionnaires du commissariat de Millau décident de quitter leur véhicule et de s'approcher, à pied et l'arme à la main. Le premier marche vers la berline par la droite, le second par la gauche, devant l'Audi. A ce moment précis, le chauffeur accélère brutalement.

Le policier qui se trouve à droite de l'Audi tire alors un premier coup de feu. « Un tir réflexe », précise le procureur de la République. Son collègue, qui tient toujours son arme de la main droite, s'agrippe à la portière du conducteur avec sa main gauche. Ladite portière heurtant la main qui tient le Sig Sauer réglementaire, le coup part…

La berline allemande poursuit sa route à vive allure sur une centaine de mètres en direction du rond-point des Stades avant que le conducteur n'en perde le contrôle. Après avoir heurté un premier poteau, l'automobile rebondit et en percute un second.

Immédiatement alertés, les pompiers de Millau se rendent sur place et prodiguent les premiers secours au jeune Villefranchois. « Mais le massage cardiaque ne parvient pas à sauver la vie de celui-ci », raconte le procureur Yves Delpérié.

2 à 3 kg de « shit » découverts dans l'Audi

Reste toutefois à déterminer les causes de la mort. Seule une ogive - celle provenant du deuxième tir - a été retrouvée dans le montant de la portière du conducteur de l'Audi. Le médecin des pompiers, présent sur les lieux, n'a pas constaté d'impact de balle sur le corps de la victime. Mais la deuxième munition reste introuvable…

Dans le même temps, les policiers millavois ont découvert 2 à 3 kg de résine de cannabis, « à vue d'œil », dans l'Audi A3. Une quantité qui doit être précisée avec la perquisition menée par l'IGPN, entre autres actes d'enquête.

Ce soir, l'autopsie devrait avoir précisé les causes de la mort de Nabil Matloub. Un jeune homme inconnu des services de la justice.

 

L'autopsie de Nabil Matboul, ce Villefranchois de 26 ans décédé mardi, à Millau, en tentant d'échapper aux agents de la BAC, a démontré que le jeune homme a été tué d'une balle tirée par un policier. Celui-ci sera placé en garde à vue ce jeudi.

Les pires craintes du procureur de la République de Rodez et des policiers millavois se sont avérées : Nabil Matboul, ce Villefranchois de 26 ans, décédé mardi, à 3 heures, après une course-poursuite avec un équipage de la brigade anticriminalité dans les rues de Millau (cf. « La Dépêche du Midi » d'hier) a été tué par un des deux agents des forces de l'ordre. L'autopsie, pratiquée hier après-midi à l'institut médico-légal de Montpellier, a permis de mettre la main sur le projectile manquant depuis les deux coups de feu.

« La deuxième balle (qui correspond au premier tir, N.D.L.R.) a été retrouvée dans le corps de la victime, au niveau du thorax, et elle a été mortelle », a indiqué, hier soir, le procureur de la République de Rodez, Yves Delpérié. Le magistrat, qui s'est dessaisi du dossier au profit du pôle criminel de Montpellier, a ajouté que le policier mis en cause sera placé en garde à vue ce jeudi et déféré dans la foulée au parquet montpelliérain.

« À mon sens, cela peut aller vers l'ouverture d'une information judiciaire pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, avec usage d'une arme et par personne dépositaire de l'autorité publique". Sous réserve d'une appréciation différente du procureur qui suivra ce dossier », a estimé Yves Delpérié.