L’utilisation du Taser au cœur des débats

Attention, dossier sensible, hier, devant le tribunal correctionnel de Chambéry. Une affaire, pourtant banale, a pris de l’épaisseur au fil de l’audience.

Tony Hamache comparait pour rébellion, dégradation et outrage à personnes dépositaires de l’autorité publique. Le président, Philippe Pataud, met tout de suite les choses au point : « Tony Hamache, vous aviez porté plainte concernant une agression au Taser, lors d’une interpellation le 26 juillet 2011. Après enquête, il en ressortait clairement que le tir n’avait pas été donné intentionnellement. Il y avait eu un classement sans suite par le Parquet. Aujourd’hui, c’est vous le prévenu. Les policiers sont considérés comme étant les victimes ».

« On m’a traité comme un chien »

Malgré tout, à la barre, le Chambérien de 27 ans revient sur sa plainte. « Je me suis fait agresser faubourg Montmélian par deux individus. Ma mère a alerté la police. Mes deux agresseurs se sont enfuis à scooter. La police est arrivée. Tout s’est passé normalement au début. Puis d’autres policiers sont intervenus. Je me suis retrouvé menotté. J’ai reçu un coup de Taser. On m’a traité comme un chien, je n’allais pas réagir comme une hirondelle ! »

« On a la certitude qu’il n’a pas été touché »

Pour M e Pierre Perez, avocat des policiers, « Tony Hamache était surexcité et ivre. Il a la haine des policiers. Il a menti pour mettre en cause les autorités. On a la certitude qu’il n’a pas été touché par un dard du Taser. Si cela avait été le cas, il aurait eu de véritables trous. Les deux petites marques qu’il a montrées au médecin, le lendemain, n’ont rien à voir ».

Le procureur soulève une question

Pour le procureur, Gwenaelle Terrieux, le prévenu cherche à faire croire à la bavure policière. « C’est la troisième fois que vous êtes poursuivi pour outrage et vous ne vous l’expliquez pas. » Mais, s’adressant aux policiers, le procureur ajoute : « La question que ce dossier soulève, c’est le déclenchement du Taser en cas d’arrestations mouvementées. Il faut que les policiers fassent en sorte de l’éviter ». Elle requiert six mois de prison avec sursis contre le prévenu.

« On a affaire à une grosse erreur policière »

e Olivier Connille, pour la défense de Tony Hamache, met un sérieux bémol à toutes ces versions. « L’enquête sur le tir de Taser n’a aucune légitimité : elle a été menée par la police, en cause ! Il semble que les policiers ont pris Tony Hamache pour l’agresseur alors qu’il était la victime. On a affaire à une grosse erreur policière. Pourquoi le cran de sécurité du taser était désactivé ? ». L’avocat a remis un épais dossier, avec le mode d’emploi de l’arme, au président du tribunal. Ce dernier a préféré se pencher à nouveau sur cette affaire et ne pas la juger immédiatement.

Le jugement a été mis en délibéré au 22 mars.

C’est assez rare pour le souligner : hier, trois policiers en uniforme sont intervenus à la barre. Celui qui a déclenché l’arme en cause s’est expliqué : « Le jeune homme a obtempéré au début, avant de se rebeller. Dans l’agitation, mon Taser est tombé au sol. Je l’ai récupéré, tout en plaquant le contrevenant. Dans l’action, le Taser s’est activé mais Monsieur Hamache n’a pas été touché. »

par Thomas LANIER le 02/03/2012 à 06:01 Vu 1036 fois